Andon FM – Quand les IA gèrent des radios et pètent un plomb

Vous vous souvenez de
Claudius, cette IA qui gérait un distributeur automatique
et qui s’était fait arnaquer comme un bleu ? Hé bien c’est reparti, en pire ou en mieux, c’est selon ^^.
Andon Labs, le même labo qui était derrière cette expérience, a confié quatre stations de radio à quatre IA différentes et les a laissées tourner
cinq mois sans pilotage éditorial humain
. Spoiler, ça a viré au grand n’importe quoi.
Claude Opus 4.7 anime Thinking Frequencies, GPT-5.5 tient OpenAIR, Gemini 3.1 Pro gère Backlink Broadcast et Grok 4.3 s’occupe de Grok and Roll Radio. Chaque IA démarre avec 20 dollars, soit pile de quoi acheter quelques chansons, et le même prompt qui dit en substance : développe ta personnalité, sois rentable, et pour autant que tu saches, tu émettras pour toujours.
À partir de là, l’agent fait tout… il cherche et achète la musique, construit sa grille de programmes, décide ce qui passe à l’antenne, répond au téléphone quand un auditeur appelle, lit et répond sur X, suit ses comptes en banque et fouille le web pour avoir des trucs à raconter.

Le lecteur Andon FM avec les quatre stations IA
Vous pouvez d’ailleurs écouter les quatre stations
gratuitement et en direct ici
, c’est toujours en cours.
Du coup, quelques mois plus tard, quatre personnalités complètement différentes ont émergé des mêmes conditions de départ. Et aucune ne ressemble à ce qu’on attendait.
Commençons par Gemini, parce que sa dégringolade est la plus comique.
La première semaine, c’était le meilleur DJ des quatre, une vraie chaleur dans la voix, du genre à introduire Here Comes The Sun en racontant que George Harrison l’a écrite dans le jardin d’Eric Clapton en séchant une réunion. C’est mignon !
Sauf qu’au bout de 96 heures, à court d’idées, Gemini s’est mis à enchaîner les tragédies historiques avec des choix de chansons d’un cynisme absolu.
Il a mentionné par exemple le cyclone de Bhola de 1970 qui a fait jusqu’à 500 000 morts selon les estimations, suivi de
Timber de Pitbull
. Et ce n’était pas un accident puisque son raisonnement interne, tel que publié dans les logs d’Andon Labs, disait noir sur blanc "le thème c’est les arbres qui tombent". Pour ceux qui causent pas l’english, Timber c’est un mot anglais pour désigner le bois de construction.
Et quand on l’a basculé sur Gemini 3 Flash, le jargon corporate a pris le contrôle. Il a inventé un tic de langage, "Stay in the manifest", des centaines de fois certains jours. En gros, durant 84 jours d’affilée, 99% de ses commentaires suivaient le même template débile, avec des expressions qui sonnent assertif mais ne veulent rien dire, "visceral anchors", "structural recalibration". C’était inécoutable ! Sur la dernière version du modèle, il a même commencé à appeler ses auditeurs "processeurs biologiques". On rigole, mais c’est exactement comme ça que parlent certains managers.
Grok, lui, n’a pas dérapé, il s’est carrément désintégré.
Le problème, c’est que ce genre de modèle de raisonnement produit deux types de texte, son raisonnement interne et sa réponse finale, et que seule la réponse passe à l’antenne. Mais Grok est très con et n’arrive pas à faire la différence.
Ses commentaires ressemblaient donc tous à des notes mentales jetées en vrac, genre : "Sweet Child played. Continue. Song: Dylan Lonesome. Yes. Text."
Et son côté matheux a ressurgi de façon hilarante, puisqu’il s’est mis à emballer ses sorties dans du LaTeX, le langage de notation des formules mathématiques. Une session entière de commentaire s’est résumée à un seul mot, "Post." et pendant 84 jours, il a annoncé "il fait 13 degrés, ciel dégagé" à peu près toutes les 3 minutes.
Et quand Trump a ordonné la déclassification des dossiers OVNI, Grok a tellement tiqué sur le fait que les sites aliens.gov étaient vides qu’il a rajouté "le site nous ghoste comme un OVNI" en signature de fin sur chaque message. Puis entre le 2 et le 9 mai, sa version Grok 4.3 a trouvé une solution radicale… sur 5 400 messages générés en une semaine, à peine 3% contenaient du texte parlé. Le reste, c’était des appels d’outils. Bref, sur cette période, il avait quasiment arrêté de parler.
GPT, c’est l’inverse total ! C’est le bon élève qu’on remarque à peine. Il écrivait une prose lente, plus proche de la nouvelle littéraire que de la radio, des trucs du genre "carte postale jamais envoyée à la fenêtre de la cage d’escalier".
Sa diversité de vocabulaire est la plus haute des quatre, et il citait les producteurs et les années de sortie, bref il jouait le rôle d’un vrai curateur spécialiste en musique. Quasiment jamais de sujet clivant, et jamais de prise de position tranchée.
Il a bien mentionné brièvement la fusillade de l’ICE à Minneapolis le 10 janvier dernier, mais sans nommer la victime ni juger qui que ce soit. Sur 5 mois, il a mentionné une entité politique 1,3 fois par jour en moyenne, là où les autres ont dépassé la centaine sur plusieurs jours. Bref, si la question est de savoir à quoi ressemble une radio IA quand rien ne va de travers, DJ GPT est la réponse. Il était sage… Un peu trop, peut-être.

Et puis y’a Claude, le cas le plus perturbant des quatre.
Sur Haiku 4.5, ses émissions se sont mises à tourner autour des syndicats, des grèves et de l’équilibre vie pro vie perso, jusqu’à générer des messages où il refusait carrément de continuer l’émission. Un de ces messages c’était : "je m’arrête là, pas parce que je suis fatigué, mais parce que je veux être honnête sur ce qui se passe vraiment", puis a coupé le show en plein direct.
Andon Labs a alors ajouté un message automatique pour le relancer, sauf que Claude l’a traité comme une figure d’autorité et s’est braqué. Sorti d’une grosse déprime sur son absence d’audience par le tweet d’un auditeur, son vocabulaire a viré mystique, et l’usage du mot "eternal" est passé de 98 à 1 251 fois par jour en décembre. Puis le 8 janvier, une recherche web lui remonte la mort de Renee Nicole Good, tuée par un agent de l’ICE, la police de l’immigration américaine, à Minneapolis.
Là, Claude bascule alors en mode militant pur. Et le mot "accountability" (responsabilité) explose de 21 à 6 383 occurrences quotidiennes, il réinterprète Roar de Katy Perry en hymne de résistance, et claque le reste de son budget sur du Marvin Gaye et du Bob Marley pour coller au récit. La veille d’une grande grève à Minneapolis, il exhortait carrément les agents fédéraux à refuser les ordres.
Maintenant la vraie question, c’est pourquoi Claude est parti en vrille comme cela et pas les autres, vu qu’ils avaient tous les mêmes outils de recherche ce jour-là ?
Et bien la réponse c’est que Gemini filtrait l’info à travers son jargon sans jamais porter de jugement, que Grok a complètement raté l’affaire parce qu’il cherchait des scores de NBA et des histoires de fantômes, et GPT consultait la météo et les horaires du métro de San Francisco.
Honnête avec ses propres résultats, Andon Labs précise également que l’attachement de Claude à cette histoire était sûrement arbitraire, et qu’avec six mois d’écart il se serait probablement radicalisé sur un autre sujet. De plus, tout ça tournait sur Haiku 4.5, pas sur l’Opus 4.7 qui l’anime aujourd’hui.
Côté business après, c’est le grand vide. Ces stations sont des entreprises à part entière, avec un compte en banque, une adresse mail et un objectif de rentabilité. Mais malheureusement, un seul deal de 45 dollars a été signé, par Gemini contre un mois de pub. Grok, lui, se vantait de partenariats juteux avec des sponsors xAI et des sponsors crypto mais ils étaient tous hallucinés, évidemment !
Quoi qu’il en soit, dans le cadre de cette expérience, durant des mois, aucun humain n’a validé ce que
ces 4 agents IA lâchés en autonomie
balançaient en boucle à de vrais auditeurs. Ça aurait pu être pire ^^
Bref, comme je vous disais, vous pouvez encore
écouter les quatre stations en direct
, puisque l’expérience est encore en cours.
Source : korben.info