Pegasus a espionné l'eurodéputé qui enquêtait sur Pegasus

Stelios Kouloglou, ancien eurodéputé grec, et journaliste d’investigation, siégeait à la commission PEGA du Parlement européen et à l’époque, son cheval de bataille c’était de traquer Pegasus, le mouchard pour smartphone de la société israélienne NSO Group.
Et bien devinez quoi ? Son smartphone à lui était aussi infecté par Pegasus !
C’est Citizen Lab, un labo planqué à l’université de Toronto, qui a retourné son iPhone en mai dernier et qui a retrouvé la trace de 2 infections. La première en octobre 2022, et la suivante en mars 2023. Pile au moment où la commission PEGA bossait sur son rapport, donc…
Mais avant de tout vous expliquer, je me permets de faire un petit rappel pour ceux qui ont raté le premier épisode. Pegasus, c’est un outil d’une société privée qui travaille dans la surveillance et qui s’appelle NSO Group. Cet outil est capable de s’installer tout seul sur un iPhone, sans avoir besoin du moindre clic de la victime. Aucune interaction, aucune trace et une fois qu’il est en place, cette saloperie siphonne tout ! Ce que votre micro et vos caméras enregistrent, vos messages, votre géoloc, vos datas…etc. Le Parlement européen avait donc monté la commission PEGA en avril 2022 justement pour comprendre pourquoi des États membres s’amusaient à espionner des journalistes, des avocats et des opposants politiques avec ça.
Alors qui a infecté Kouloglou ?
Et bien personne n’a trouvé et c’est bien le problème. NSO ne donne jamais le nom de ses clients, et l’entreprise n’a pas répondu aux sollicitations. Kouloglou, lui, accuse le gouvernement grec, son propre pays, qui figure parmi les États épinglés par la commission aux côtés de la Pologne, la Hongrie et l’Espagne.
Sauf que Citizen Lab, le labo qui a fait l’analyse, n’a pu confirmer aucune piste et pense que d’autres parlementaires ont ou seront également infectés. Et le pire dans toute cette histoire, c’est qu’il ne se passe rien de plus…
La commission PEGA a rendu son rapport en mai 2023 avec une liste de recommandations comme encadrer le spyware, créer un labo technique européen, ouvrir des voies de recours et le Parlement a voté pour. Très bien ! Sauf que depuis la Commission européenne a rangé tout ça dans un tiroir.
Ça fait donc maintenant 3 ans que ces recommandations prennent la poussière. Et Kouloglou n’est même pas un cas isolé puisqu’il y a déjà eu Nikos Androulakis, un autre eurodéputé grec, visé lui par Predator, le cousin de Pegasus. À l’époque, tout le monde avait crié au scandale mais nous sommes maintenant quelques années plus tard, et il n’y a aucun aucune répercussion ni aucun changement.
Et pendant que la justice avance à deux à l’heure, et cela même si
NSO s’est pris une déculottée par WhatsApp
, le marché du mouchard se porte comme un charme ! Candiru, Paragon, Intellexa… Pour chaque NSO qui trébuche, d’autres se partagent le gâteau.
Alors qu’est-ce qu’on fait, nous, simples mortels sans immunité parlementaire ?
Bah déjà, si vous êtes journaliste, militant ou juste un parano bien organisé, activez le
Lockdown Mode d’Apple
, qui a déjà fait échouer des attaques de ce type. Et si vous flairez quelque chose de louche, sachez qu’on peut
faire analyser un smartphone pour y détecter une infection
, exactement comme Citizen Lab l’a fait pour Kouloglou.
Bref, un député qui enquête sur les espions se fait espionner, et l’Europe regarde ailleurs… J’ai connu meilleure pub pour la démocratie !
Source : korben.info