Amazon détruit des livres pour nourrir ses IA

Si comme moi, vous aimez les livres, ce que je vais vous raconter aujourd’hui va vous rendre fous ! Hier, 404 Media a publié une enquête qui suit le trajet d’un AirTag. Mais pas n’importe lequel… C’est un AirTag qu’un libraire a glissé, à la demande de la rédaction, dans un livre parti au sein d’une commande d’un millier d’ouvrages. Et son terminus va vous surprendre (ou pas, parce qu’on commence à les connaitre les lascars…) : un entrepôt Amazon de Las Vegas.
Ce qu’on apprends dans l’article de 404 Media c’est qu’en fait, là-bas, une équipe interne baptisée VGT3 reçoit des tonnes de cargaisons de livres, en découpe les reliures et les passe au scanner afin d’en numériser les pages.
Pour la blague, le logo de cette équipe est un tyrannosaure gueule ouverte qui semble dévorer un livre. Ironique n’est-ce pas ?

Des salariés du site racontent eux-mêmes sur un forum d’employés Amazon, que les livres ne survivent pas à l’opération.
Et c’est ça qui rend dingo tout le monde, moi le premier !
Amazon, interrogé, a répondu qu’il achetait des livres par des canaux commerciaux pour "développer et améliorer ses produits et services". Oui, c’est vague mais c’est fait exprès.
Maintenant, calmez vos palpitations cardiaques, ce qu’ils numérisent (et détruisent), ce ne sont pas des
, c’est-à-dire des livres anciens édités avant l’invention de l’imprimerie (donc faits à la main). Les libraires interrogés précisent en effet, que les commandes en gros n’incluent jamais les ouvrages les plus anciens sans codes ISBN. Ce qu’ils achètent en fait, ce sont des titres sans presque aucun marché de revente, tirés à peu d’exemplaires ou écrits dans une langue que peu de gens lisent.
Et c’est pile poil ce qui fait leur valeur pour un entraîneur de modèle IA. Ces textes n’ont jamais été numérisé, donc ils n’ont jamais été aspirés par personne, et ont été imprimés avant que le web ne se remplisse de slop IA. Ces livres-là ne sont pas vraiment "précieux" mais comme ils sont rares et de niche, ils sont convoités par les géants de l’IA.
Maintenant ce qui me met en colère quand je lis cet article, c’est surtout cette histoire de destruction du bouquin… Parce que numériser un livre sans l’abîmer, ce n’est pas un rêve utopiste d’archiviste, hein… C’est possible avec des machines qu’il est facile de se procurer. Je pense par exemple à ce
autrichien qui est sur le marché depuis 2007 et déjà vendu dans plus de soixante pays.
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Il glisse un prisme dans la pliure, aspire les pages de part et d’autre via des petits trous, remonte en photographiant le texte, puis retourne la page d’un souffle d’air grâce à des capteurs optiques et des lasers repèrent le moment où deux feuilles se lèvent ensemble. Et la cadence est plutôt bonne puisqu’elle peut aller jusqu’à 2 500 pages à l’heure, sans que le dos du livre ne soit tranché.
La Bibliothèque du Congrès en a une, le Trinity College Dublin aussi, l’université de Sydney, le Getty Research Institute…etc. L’Internet Archive, lui, tournait déjà en 2021 à environ 3 500 livres par jour dans une vingtaine de centres.
D’ailleurs, j’en parlais
dans un article sur un scanner à 250 pages par minute
en novembre 2012. J’écrivais qu’au début ça y allait au massicot, et que depuis, les bras robotisés avaient pris le relais pour les ouvrages anciens. Et là on est presque 14 ans plus tard, la plus grosse librairie du monde est retournée au massicot, comme des bourrins préhistoriques.
Sur le motif de la découpe elle-même, Ars Technica avance que la vitesse et le moindre coût ont pris le pas sur la conservation, et c’est vrai que ces bouquins existent ailleurs, et que découper un exemplaire d’occasion sans valeur marchande ne fait de mal à personne. Oui c’est vrai mais c’est incroyablement triste car on peut faire autrement. La preuve, quand Google, OpenAI ou Microsoft numérisent des livres, eux les empruntent dans des bibliothèques ou les offrent ensuite à celles-ci. Les livres peuvent continuer leur vie, alors qu’Amazon n’est pas du tout dans ce cercle vertueux. Et c’est sans parler des auteurs de tous ces livres qui ne savent même pas que leur travail vient d’être absorbé pour l’éternité par une IA…
Bref, Amazon prend un exemplaire dont le texte n’a jamais été numérisé, le déstructure en tokens pour son propre profit puis détruit le livre… Si tout le monde faisait ça, au bout d’un moment, de nombreux ouvrages anciens disparaitraient je pense… Et faut pas oublier que cette destruction de livres c’est surtout un choix délibéré de leur part.
Ray Bradbury doit se retourner dans sa tombe, mais je suis certain que si les gens protestaient massivement contre ça, ils changeraient leurs méthodes de sagouins.
Source :
Source : korben.info