Le CD de Quake était foireux avant même d'être pressé

En mai 1996, sur
le forum Usenet consacré à Quake
, des joueurs prenaient déjà les paris… Le jeu n’était pas sorti, le CD non plus, et la question qui tournait en boucle à l’époque c’était : combien de temps tiendrait la protection anti-copie du jeu ? Certains misaient deux semaines après la sortie, d’autres 5 jours maximum…

De son côté, id Software s’apprêtait à presser son shareware sur un disque mais Quake n’occupait que 22 Mo des 640 disponibles. Du gâchis de place ? Pas vraiment puisque le reste du CD a été rempli avec tout le catalogue maison. Des jeux complets en versions chiffrées, c’est-à-dire plusieurs DOOM, Final Doom, Hexen, Heretic qu’on déverrouillait par téléphone…

Le CD est finalement sorti le 30 août 1996 et le concept était bien pensé, sur le papier en tout cas… Le programme affichait un nombre de onze chiffres, les Américains appelaient le 1-800-ID-GAMES, un opérateur encaissait la thune et donnait en échange un numéro de déverrouillage à retaper. Le premier nombre changeait à chaque lancement et tournait toutes les 5 minutes, précisément pour qu’un code ne puisse pas servir deux fois.
Mais le 8 octobre suivant, coup de tonnerre ! Le groupe GNOMON sortait QCRACK.EXE pour faire tout sauter ! Ça n’aura pris que 39 jours !

Ce qu’ils avaient compris, c’est que le numéro donné au téléphone ne contenait aucun secret. Il attestait simplement du paiement et de rien d’autre. Le programme livré sur le CD savait fabriquer ce numéro tout seul à partir de celui qu’il venait lui-même d’afficher, et son seul travail consistait donc à comparer les deux.
Toute la protection tenait, comme souvent, dans le fait que personne n’était censé regarder comment ça fonctionnait.

Toutefois, ce mécanisme de vente n’était pas vraiment une bourde d’id Software. Eux n’étaient que les clients de TestDrive Corp, qui vendait
.
Et ce brevet expliquait très précieusement comment ça fonctionnait… Le poste de l’utilisateur produit un numéro, l’opérateur distant le valide et renvoie un code d’activation, et c’est le poste de l’utilisateur qui vérifie ce code. Le brevet va même jusqu’à donner son exemple, à savoir un numéro dont les chiffres totalisent 10, et un code de retour dont les chiffres totalisent 15.

La faille était donc déposée à l’office des brevets quatre ans avant que le CD arrive en rayon.
Le reste raconte quand même une fin de production difficile. La base qui associe chaque jeu à son identifiant contenait également une faute de casse sur Final Doom, « Final » au lieu de « final », ce qui envoyait la génération du code chercher le mauvais fichier. Résultat, le client qui appelait et payait pour Final Doom n’arrivait pas à le déverrouiller.
Alors que le pirate, lui, y arrivait à tous les coups !
Et si je vous raconte tout ça c’est surtout parce que Fabien Sanglard s’est amusé
à redémonter le CD-Rom cet été
, et qu’il y a aussi trouvé de jolies surprises comme une version en clair de cette base posée juste à côté de sa version chiffrée + des fichiers temporaires et des sauvegardes d’éditeur oubliés au pressage.
Je vous invite vraiment à lire son analyse, c’est super intéressant !
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Source : korben.info