Veilid – Tor pour les apps signé Cult of the Dead Cow

Cult of the Dead Cow
, un des plus vieux collectifs hacktivistes encore en activité, ne se contente pas que de balancer des manifestes politiques depuis 1984. Ils codent. Et leur dernier bébé en date s’appelle
Veilid
, et c’est un framework P2P qui veut faire à vos apps ce que Tor a fait à votre navigateur.
Histoire de vous expliquer, vous prenez Veilid, vous l’intégrez dans votre app mobile ou web, et d’un coup tout votre trafic passe par un réseau pair-à-pair (P2P) chiffré de bout en bout. Cela veut dire qu’il n’y a pas de serveur central qui stocke vos messages.
Concernant votre IP, celle-ci n’apparaît alors plus au niveau applicatif (le routage privé l’obfusque entre pairs), et chaque nœud est identifié par une clé publique Ed25519 256-bit. Donc autant dire un truc carrément impossible à brute-force.
Le projet a été annoncé à
DEF CON 31 en août 2023
par Christien "DilDog" Rioux et Katelyn "Medus4" Bowden, 2 membres historiques de cDc, et près de trois ans plus tard, ça continue d’évoluer toujours à un rythme régulier.
L’idée technique vous la connaissez si vous avez déjà touché à du décentralisé : Une table de hachage distribuée (DHT, en fait un annuaire éclaté entre tous les nœuds du réseau) gère le routage, chaque nœud relaie du trafic chiffré qu’il ne peut pas lire, et les pairs s’échangent des données sans jamais révéler leur IP.
Perso, c’est l’approche qui me semble vachement plus saine pour faire du social sans Mark Zuckerberg dans la boucle. C’est dans le même esprit que Tor et qu’
IPFS
, sauf que Veilid est pensé dès le départ pour les développeurs d’applications. Donc c’est pas fait pour anonymiser de la navigation web ou stocker des fichiers. C’est un Tor des applications si vous préférez…
Le framework est codé en Rust avec des bindings Flutter et Dart pour le mobile ainsi qu’une cible WebAssembly pour le navigateur. Vous pouvez donc carrément déployer une app Veilid sur Linux, macOS, Windows, Android, iOS, et même directement dans Chrome ou Firefox via WASM.
Le code, lui, est découpé en plusieurs composants : veilid-core pour le moteur, veilid-tools pour les utilitaires, veilid-flutter pour le mobile, veilid-wasm pour le navigateur et veilid-server qu’on installe sur un VPS Debian ou Fedora pour faire tourner un nœud public. Voilà, et le tout est sous licence Mozilla Public License 2.0, donc copyleft mais compatible si vous y ajoutez du code propriétaire par dessus.
L’app phare qui tourne déjà sur ce framework, c’est
VeilidChat
, une messagerie type Signal mais sans aucun serveur, sans numéro de téléphone et sans annuaire centralisé. Vous échangez votre clé publique avec un pote, et hop, c’est parti.

Si ça vous dit d’y jeter un oeil, sachez que le code de Veilid n’est pas sur GitHub mais sur
GitLab
. Après c’est encore assez nouveau, ce qui veut dire que ça bouge beaucoup de release en release. Donc si vous voulez coder votre prochaine app par dessus ce framework, va falloir vous accrocher car ça cassera souvent.
Mais si vous codez du décentralisé et que vous en avez franchement marre de bricoler libp2p à coup de colle forte Python, Veilid mérite un sérieux coup d’œil. Et même si vous codez pas, gardez l’œil sur VeilidChat car le jour où une appli grand public sortira là-dessus, ça va vraiment envoyer du lourd.
Beaucoup plus que Signal ou Telegram, je pense !
Source : korben.info